E C K A N K A R, la religion de la Lumière et du Son de Dieu


Les écrits de Paul Twitchell

Sri Harold Klemp

À un moment donné, trois garçons de notre voisinage portaient le prénom de Matt. Pour faciliter leur identification, on leur donna des surnoms, il y avait Matt le Petit, Matt le Moyen et Matt le Grand. Lorsque Matt le Petit, l’ami de Matt le Moyen, déménagea, ce dernier perdit son copain.

 

Une véritable communication

Un après-midi, alors que je travaillais dans mon bureau situé à l'étage de la maison, on sonna à la porte. La journée avait passé si vite que je me demandais comment je pourrais terminer mon travail et l’idée de descendre pour y répondre ne m’enchantait guère. Mais quand je l’ouvris, j’aperçus Matt le Moyen.

Il me demanda si ma fille pouvait sortir jouer. Je lui dis que non puisqu’elle était encore à l’école. " Quand va-t-elle revenir ? " demanda-t-il.

Je l’ai regardé en essayant de me mettre à sa place. Que signifiait le temps pour lui ? J’ai alors tenté une réponse : " Elle sera de retour dans deux heures. "

Il me fixa un instant, puis il dit : " J’ai seulement quatre ans et demi. "

En fait, il voulait simplement me dire de lui expliquer de façon compréhensible.

Je ne savais toujours pas quoi lui dire, mais il me donna un indice. " Est-ce avant que je mange ? " Nous étions au milieu de l’après-midi et je me demandai s’il prenait habituellement une collation à cette période de la journée. Toutefois, après réflexion, j’ai pensé qu’on ne lui donnerait pas à manger avant le souper. " Elle sera à la maison juste avant ton souper ", lui dis-je finalement. Il semblait très déçu. " C’est long ! " dit-il.

De la façon dont ma journée s’était déroulée, il me semblait que les deux dernières heures n’avaient duré que dix minutes. Mais pour l’enfant l’attente paraîtrait comme une journée. " Oui, dis-je. Je crois que tu as raison. " Il s’en retourna lentement chez lui, se demandant probablement comment il pourrait survivre au grand vide de l’après-midi.

Il en est ainsi lors de nos conversations les uns avec les autres. Bien que l’on sache ce que l’on veut dire, nous ignorons la façon de penser de nos interlocuteurs ou ce qui est important à leurs yeux. Nous essayons souvent de trouver des moyens de communiquer entre nous et de se comprendre mutuellement. En fait, cette anecdote a un rapport étroit avec les écrits de Paul Twitchell.

 

Une histoire orale

Nous avons fait plusieurs entrevues avec des gens qui connaissaient personnellement Paul Twitchell. Notre intention est de créer une histoire orale et de récolter, pour les historiens de demain, des renseignements précieux à son sujet. Dans une centaine d’années, les gens pourront dire : " Il s’agissait là des fondements d’ECKANKAR. " On aura alors des réponses à bien des questions à propos des ECKistes d’aujourd’hui, sur leur façon de penser, sur leurs impressions, sur la manière dont ils surmontèrent les différents changements qui ébranlèrent les bases même des enseignements ECK, ceux qui s’en sortirent indemnes et les autres, victimes de leur abandon.

Un aspect qui fit l’unanimité dans les souvenirs des gens concerne l’immense amour de Paul envers son prochain, décrit comme un amour extrême qui en émut beaucoup. C’était un homme bon et sensible aux moindres préoccupations d’autrui.

Une des personnes interrogées cita un fait survenu lors d’un séminaire à Chicago, vers la fin des années soixante. Un grand nombre de jeunes s’étaient rendus dans la ville en faisant du stop ou par d’autres moyens. Lorsque Paul eut vent de cette histoire, il confia à un initié : " Qu’importe la façon, ne laissez surtout pas ces jeunes dormir à l’extérieur. " Dehors, il faisait froid et il ajouta : " Assurez-vous qu’ils ne soient pas contraints à passer la nuit dans leurs voitures. " Paul avait déjà vécu cette expérience à une époque où il manquait d’argent. Il savait à quel point cela pouvait être inconfortable.

Très individualiste, Paul irritait son patron chaque fois qu’il travaillait pour quelqu'un d’autre, à tel point qu’il se faisait mettre à la porte. Aussi lui arriva-t-il souvent d’avoir juste assez d’argent pour vivre. Bref, il parvint difficilement à s’adapter à la société et à l’état de conscience de son époque.

 

La lutte pour la maîtrise

Il importe de savoir qu’une personne, telle que Paul, parvenue à l’apogée de la réalisation spirituelle au cours de son existence n’a pas la tâche facile. Tout au moins, nous avons pu constater la grande compassion qu’il manifesta à titre de Mahanta, mais il y a si peu d’éléments qui furent dévoilés à son sujet que nous ne saurons jamais les épreuves qu’il dut traverser pour atteindre cet état de conscience. J’ai lu des lettres où il a admis ouvertement, et plus d’une fois, son égoïsme et son comportement offensant envers les gens.

Environ deux ans après s’être séparé de sa femme, Camille, il fit l’expérience qu’il raconta plus tard dans La griffe de tigre. Cet événement survint à la fin de 1956 ou au début de 1957. Après sa séparation et jusqu’aux environs de 1963, quand il fit la connaissance de Gail, Paul essaya de trouver quelqu'un avec qui il aurait pu partager sa vie. Il était conscient qu’il était chargé d’une mission et il savait aussi qu’il aurait besoin d’aide pour l’accomplir. Ainsi, il fréquenta plusieurs femmes, mais son parcours fut semé d’embûches.

Même en 1961, sa rupture avec l’une de ses relations l’affecta tellement que, pendant une semaine, il passa presque chaque soirée à l’église, à prier et à demander pardon. Ceci se passait après son expérience racontée dans La griffe de tigre.

On pourrait croire que dès l’instant où il expérimenta la conscience de Dieu, il aurait pu s’élever au-dessus des émotions humaines. C’est un mythe très répandu chez les personnes qui n’ont aucune idée de l’expérience de la conscience divine. Lorsqu’elle survient, les habitudes acquises au cours des années ne disparaissent pas instantanément. Le ECK conduit plutôt la personne à vivre, petit à petit, des situations qui seront favorables à son développement. Ce qui soulève d’ailleurs de vives protestations car l’expérience nous importune au plus haut point. Mon premier livre, qui fait référence au ECK, s’intitule Le vent du changement et, lorsque ce dernier survient, nous lui résistons et engageons le combat. Rien n’est plus vrai, qu’on ait atteint la conscience de Dieu ou seulement la première initiation qui se produit à l’état de rêve.

Pendant quelques années, Paul fut membre de l’Église du swami Premananda, à Washington, D.C. Lorsqu’il mit un terme à sa relation, il se tourna vers les oeuvres de Kirpal Singh dont les racines étaient alors en Inde. Kirpal Singh était déjà venu quelques fois rencontrer Paul dans sa chambre. Ils entamèrent alors une relation épistolaire. Lorsque Paul lui apprit ainsi qu’il travaillait à une série de discours, Kirpal Singh lui répondit : " Voyons voir ce qu’il en est, peut-être pourrions-nous les utiliser. "

Paul était un auteur prolifique et Kirpal Singh avait un grand intérêt pour l’expérience qu’il avait relatée dans La griffe de tigre. Il lui proposa même des suggestions. " Lorsque vous parlez avec ces Maîtres, dit-il, demandez-leur des questions comme "Quel est le processus de la mort ?" ou "Comment les mondes furent-ils conçus ?" " Il est curieux de constater à quel point Kirpal Singh connaissait l’aptitude de Paul à voyager dans les autres mondes, d’y revenir et d’en rapporter des informations.

Kirpal Singh confia à plusieurs de ses proches disciples qu’il serait le dernier de sa lignée spirituelle et qu’un maître prendrait le relais dans l’un des pays occidentaux. Néanmoins, je doute fort qu’il sut reconnaître en la personne de Paul, son ancien chela, le nouveau porteur du flambeau que représente la Lumière et le Son du ECK.

Paul lui fit parvenir, en Inde, son manuscrit de La griffe de tigre, ce qui provoqua un échange de lettres. Par la suite, il vécut une situation très désagréable quand il voulut récupérer son document. Pendant longtemps, Paul eut de l’admiration pour Kirpal Singh, jusqu’à cette mésentente. Peut-être se réconcilièrent-ils plus tard.

Vers 1961, Paul partit de Washington, D.C., pour s’installer sur la côte ouest américaine. C’est à cette époque que son père s’est éteint, mais il ne put se rendre à son chevet, au Kentucky. Quelques temps après, dans une lettre adressée à la personne qui prenait soin de son père, il écrivit : " Je subissais des examens à l’hôpital et je ne pouvais pas me déplacer. Toutefois, je tiens à vous dire qu’au moment de son décès, j’étais étendu sur mon lit quand mon père est soudainement apparu dans la chambre. On aurait dit qu’il était présent en chair et en os. "

Lorsque Paul se leva pour l’accueillir, il disparut peu à peu. À sa façon, il venait avertir son fils qu’il avait quitté son enveloppe de chair. Paul nota l’heure en regardant la pendule sur la tablette.

Cet événement révèle que Paul était très intime avec son père et qu’il avait une certaine capacité à sortir de son corps pour voir et connaître ce qui se passe au-delà du voile des sens physiques. Une faculté que sa famille ne lui a jamais reconnue.

 

Les débuts d’ECKANKAR

Paul s’efforça très tôt d’offrir les enseignements ECK, même bien avant qu’il les nomme ECK et ECKANKAR. À ses débuts, il fit des exposés hebdomadaires devant des petits groupes de quinze à trente personnes à la Fondation californienne de parapsychologie, située dans la partie méridionale de l’État du même nom. À cette époque, il se servait du mot bilocation pour parler du Voyage de l’Âme. Il expliquait qu’il s’agissait d’une méthode pour atteindre le principe suprême. Il tentait d’exprimer le SUGMAD, l’Être suprême, et affirmait qu’une façon de l’atteindre était par l’intermédiaire de la voix de Dieu, le ECK.

Les gens manifestèrent beaucoup d’enthousiasme et d’appréciation pour ses exposés. Paul appuyait leurs efforts et quelques-uns eurent du succès dans la pratique de la sortie hors du corps. Cependant, il dut affronter divers problèmes. Alors que tout allait comme sur des roulettes, il se produisit deux événements.

Premièrement, les personnes qui assistaient à ses conférences s’aperçurent que Paul essayait de les mettre à contribution et cela les indisposa. Il apportait un message et ses méthodes fonctionnaient. En substance, Paul voulait leur montrer à contacter cette force mystérieuse, dont beaucoup pouvaient prendre conscience, mais que peu de gens savaient exploiter. Il voulait leur apprendre à se comporter en instruments dociles du pouvoir ECK. Aussi, après leur avoir enseigné à quitter leur corps physique, il leur demandait simplement de l’aider à mettre sur pied d’autres rencontres. Paul avait très peu d’argent à l’époque, par conséquent si les participants s’occupaient des dépenses, il pourrait diriger les ateliers. Il constata que les gens étaient peu enclins à le seconder de cette façon.

Deuxièmement, quand Kirpal Singh apprit que Paul dirigeait des ateliers sur le Voyage de l'Âme, il écrivit à la Fondation californienne de parapsychologie pour l’informer que les méthodes de son ancien disciple ressemblaient terriblement aux siennes. Par contre, jamais il ne souffla mot de ce qu’il devait lui-même à ses devanciers. D’une certaine façon, il essayait de s’approprier la vérité. Mais la vérité s’enrichit de la contribution de tous. Kirpal Singh avait profité de l’apport d’autres écoles et Paul puisa à de multiples sources qui lui permirent d’accéder à une meilleure compréhension de la vérité. Non seulement il parvint à identifier la force mystérieuse qui agit dans tous les univers de Dieu et qu’il appela plus tard le ECK, mais il pouvait également affirmer : " Je sais aussi comment m’en servir. "

Il comprit l’essentiel, qui est d’enseigner à autrui à devenir des collaborateurs de Dieu. C’est principalement ce qui distingue Paul de bien des instructeurs. Il avait la capacité d’agir à titre de Maître intérieur. Il en était de même pour Kirpal Singh envers ses chelas et il en va ainsi pour beaucoup d’autres enseignants. Chacun d’eux peut conduire ses chelas au niveau où il est lui-même établi. Paul partait de ce point et progressait bien au-delà.

 

Les ouvrages et les discours originaux

Au tout début d’ECKANKAR, Paul manquait d’argent pour faire imprimer les nouveaux livres. Il ne pouvait se permettre de faire une simple promesse à l’imprimeur : " Voici le manuscrit, allez-y et mettez-le sous presse !  Imprimez les livres et nous vous paierons à la livraison. " Afin d’amasser les fonds nécessaires pour couvrir les frais d’impression, il décida d’offrir les premiers textes sous forme d’abonnement. Par exemple, il a écrit le premier chapitre du Carnet de notes spirituel, puis il a envoyé un avis aux chelas ECK pour les informer qu’il était disponible. Les personnes qui passaient une commande recevraient le livre sous forme de feuilleton, photocopié directement à partir du manuscrit. Il répéta le même procédé avec Le Shariyat-Ki-Sugmad, premier livre, puis, plus tard, il fit de même avec le deuxième livre.

D’ailleurs, on retrouve dans cet ouvrage une remarque très singulière dans les derniers chapitres de la version originale. On y lit que le Mahanta refait surface pour reprendre son combat avec le Kal et faire sortir l’Âme des mondes inférieurs. L’événement se produit à des intervalles qui varient de cinq à mille ans. Cette affirmation m’a encouragé car elle signifiait que pendant mon existence, je pouvais moi aussi avoir l’occasion d’atteindre l’étape de la maîtrise.

Plus tard, quand les feuilletons de cet ouvrage furent compilés et imprimés sous forme de livre, un réviseur, ou quelqu'un d’autre, modifia l’expression " entre cinq et mille ans " pour celle de " entre cinq cent et mille ans ", une période hors d’atteinte. Pendant bien des années, cette version erronée fut imprimée dans Le Shariyat-Ki-Sugmad, deuxième livre.

Plus tôt cette année, et pour la première fois, j’ai pu lire quelques lettres écrites par Paul, en plus de voir les carbones des manuscrits qu’il avait tapés à la machine. J’ai alors eu l’idée de vérifier cette phrase sur le carbone du manuscrit original.

À l’époque, on ne disposait que de machines à écrire et la marque IBM Selectric, avec le ruban correcteur, était alors inexistante. Il n’y avait pas non plus de traitement de texte qui permet d’apporter des corrections directement à l’écran. Paul tapait avec le plus de précision possible, puis brusquement on pouvait voir " xxxxx " ou une barre oblique entre deux mots où il insérait une modification.

Dans le manuscrit en question, Le Shariyat-Ki-Sugmad, deuxième livre, il avait tapé l’expression " refait surface tous les mille ans ", puis au-dessus d’une petite barre oblique, il inséra " entre cinq à " mille ans. Cette copie correspond à la version qu’il distribua sous forme de feuilleton. D’ailleurs, il y a peut-être encore des exemplaires en circulation chez des hauts-initiés. Il s’agit ici d’une donnée importante pour les personnes qui étudient la voie du ECK.

 

La dernière année de Paul

Un événement d’une grande portée dans l’évolution spirituelle de Paul survint à l’été de 1970 : quelqu'un l’empoisonna lors d’un voyage en Espagne. Un jeune homme, sous l’influence de Kal Niranjan, ajouta un poison extrêmement violent dans son verre de citronnade. Paul, plein d’amour, se rendit chez cette personne en toute bonne foi et il but le contenu du verre de jus qu’il lui donna. Pourtant, il savait que cela lui ferait du tort, tout comme Bouddha qui avala le riz avarié.

Paul connut de sérieux problèmes de santé et le médecin qui le traita dit qu’il avait assez de poison dans son système pour tuer trois chevaux. Mais il s’écoula une autre année avant que Paul ne quitte son enveloppe de chair. Certains initiés qui le connaissaient très bien dirent que lorsque le Mahanta, le Maître ECK Vivant, se rendit en Espagne, seul le Mahanta revint chez lui. Même si elle n’est pas fidèle à la réalité, cette image traduit bien l’idée qu’ils tentaient d’exprimer.

Le corps de Paul était tellement délabré qu’il eut peine à le maintenir en vie. Néanmoins, il continua à se contraindre pour arriver à écrire ce qui devait être diffusé. Il y avait des jours où son corps prenait une couleur plutôt noire et d’autres où il revêtait une apparence rosé, comme celle d’un enfant. Il lui arrivait parfois de redonner une certaine vitalité à son corps, mais à d’autres moments il côtoyait la mort de près. De temps en temps, pour continuer à travailler, il buvait une décoction particulière, sans doute fabriquée à partir d’herbes et d’un supplément de vitamines. Il était exempt de toute motivation égocentrique et son combat n’avait rien à voir avec l’intérêt personnel.

 

Un compilateur exceptionnel

Les nobles enseignements ECK avaient été dispersés aux quatre coins de la planète. Chacun des différents maîtres en possédait quelques fragments, mais ils y attachaient diverses conditions ou réserves, par exemple que pour devenir un véritable disciple sur la voie de Dieu, il fallait être végétarien ou méditer tant d’heures par jour. Axée sur une autre culture, cette attitude ne convenait aucunement à l’époque contemporaine.

Paul procéda à un inventaire de toutes les doctrines afin d’en tirer la quintessence. De ce fait, et même s’il peut paraître étrange d’en faire mention, je considère Paul comme un compilateur exceptionnel. Il sut recueillir les précieux enseignements dont il subsistait des fragments épars dans le monde et les mettre à notre disposition. Pour être en mesure de vivre une vie spirituelle, nul besoin aujourd’hui de se sentir obligé de passer dix ou quinze ans dans un ashram en Inde, assis dans la poussière et harcelé par les mouches, ou emmuré dans une cellule pour détourner notre attention du monde extérieur.

La conscience actuelle du vingtième siècle a son utilité. Nous avons une famille, un travail, des activités divertissantes, nous rencontrons des amis après le bureau et nous emmenons les enfants jouer à la balle. Notre société est ainsi faite et cette forme de conscience s’avère utile pour permettre à l’Âme d’acquérir l’expérience nécessaire à son retour à Dieu.

Tout ce dont elle a besoin est une union avec la Lumière et le Son, ce qui survient naturellement grâce aux enseignements ECK et par l’intermédiaire du Mahanta, le Maître ECK Vivant. Il en est toujours ainsi.

Pour me documenter sur le tremblement de terre de 1811, je lisais un livre sur l’industrie batelière du Mississippi. Il s’agissait d’une compilation, publiée par un seul homme, comportant plusieurs essais rédigés par différentes personnes. Cependant, je n’ai pu découvrir qui en détenait les droits. Personne ne le savait, car au fur et à mesure que les livres prennent de l’âge, que les maisons d’édition changent de main et que les gestionnaires se succèdent, les archives sont perdues ou tout simplement détruites. Ce n’est là qu’un des nombreux problèmes liés à la recherche.

Une vie entière aurait à peine suffi pour rassembler tous les éléments des enseignements ECK et, malgré tout, c’est ce que Paul fit. Ce fut là sa contribution.

 

Les véritables assises

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, j’ai voulu vous présenter cette information pour affermir votre foi envers le Mahanta, mais pas au point de déifier le véhicule du Mahanta, représenté par le Maître ECK Vivant. Le jeu n'en vaut pas la chandelle. Dès que l’on place quelqu'un au-dessus de soi, de façon virtuelle ou réelle, on commet un crime contre soi-même. En un sens, on s’impose des limitations face à son propre épanouissement.

Nous reconnaissons qu’il y a des personnes plus avancées que d’autres, mais l’Âme, en son essence, demeure Âme. La diversité des niveaux de conscience reflète la variété du développement individuel. En tant qu’Âme, personne n’est plus grand ou plus petit.

Où sont donc mes véritables assises ECK ? se demande-t-on parfois. Je vous assure qu’elles ne résident pas dans les écrits matériels, mais que leur cœur se trouve à l’intérieur de soi, dans la Lumière et le Son.

Les écrits sont une source d’inspiration. Ils peuvent nous transmettre un message intelligible, mais jamais ils ne nous aideront à mettre en pratique les principes ECK. Ça ne marche pas ainsi. Les livres et les discours sont utiles car ils nous inspirent, stimulent notre enthousiasme et nous montrent la façon de contacter le Maître intérieur en tant que Lumière bleue du Mahanta. Mais de par leur nature, ils ne sont que de pâles imitations issues d’un monde imparfait.

Paul incitait les gens à lire Le Shariyat-Ki-Sugmad et à entreprendre leur propre étude, mais il n’a jamais prétendu qu’il fallait considérer les écrits comme parole d’Évangile. Retenez le message et vérifiez les enseignements de l’intérieur : " Cela fonctionne-t-il pour moi ? " Vous devez vous en assurer. Votre vie sera le reflet de ce que vous aurez acquis comme connaissances. C’est ce qui détermine vos relations avec vos amis et votre famille, et conditionne tous les aspects qui vous concernent dans les mondes inférieurs, y compris votre attitude par rapport à l’éthique et à la morale.

Celle-ci varie d’une personne à l’autre, mais je suis plus exigeant là-dessus envers les responsables ECK lors de leurs fonctions officielles. Votre vie privée vous regarde, mais en public, en tant que responsables ECK, votre comportement doit refléter les principes les plus nobles des sublimes enseignements ECK.

 

La fin d’un idéal

Ainsi, nous arrivons peut-être à la fin d’un idéal. Cela signifie que nous ne pouvons plus diviniser l’homme, il n’en fut jamais question d’ailleurs. Beaucoup d’entre vous n’y avez jamais songé, mais certains l’ont fait.

Elisabeth Kübler-Ross a réalisé une étude sur les cycles ou les phases qu’une personne traverse lorsqu’on lui découvre une maladie incurable. On passe aussi par ces cinq étapes lors d’une séparation ou de la perte d’un emploi. Certains en sont grandement affectés, alors que d’autres vivent ces cinq phases d’une façon douce et naturelle.

La première réaction que l'on éprouve lors de la perte d’un idéal est celle du rejet, d'où le besoin d'être rassuré : " Dites-moi qu'il y a erreur ! " La seconde étape est celle de la rage. Durant la troisième phase, le sujet tente de négocier un accommodement : " Ne pourrait-on pas trouver un compromis pour régler le problème ? " Puis, arrive la dépression et enfin l’acceptation de la réalité.

Il peut s’écouler plusieurs mois entre chaque étape. Vous pouvez osciller d’une phase à l’autre, hésiter entre la deuxième et la troisième étape pendant un certain temps, puis passer à la quatrième pour revenir ensuite à la première. Si vous en êtes à votre seconde expérience, vous sauterez plus rapidement à la deuxième étape. Un moyen de vous en sortir consiste à faire vos exercices spirituels et à chanter votre mot secret.

Il y a là une similitude avec ce qui se passe dans les plans de Dieu. Ces derniers ne sont pas empilés telles des crêpes sur une assiette au petit-déjeuner. Le diagramme des mondes de Dieu les dépeint de cette façon parce que c’est un moyen commode de se les représenter.

 

Une autre façon d’utiliser votre mot

Le plan astral compte plus de cent cinquante régions. Il y a beaucoup de mots différents que vous pouvez employer pour ce plan et qui peuvent être utilisés conjointement avec le mot que vous avez reçu lors de la deuxième initiation. Commencez à les pratiquer durant vos exercices spirituels. En utilisant votre mot du deuxième cercle, vous acceptez d’accéder au plan astral, même si vous ne percevez rien à ce moment. À partir de là, chantez un autre mot divin, comme Mearp, tiré du ECK-Vidya, ou utilisez-en un autre.

Commencez par chanter votre mot secret ou un mot ECK correspondant à un plan, puis unissez-le à un autre mot. Par exemple, pour voir une vie passée, chantez le mot en rapport avec le plan causal. Exercez-vous, faites-en l’essai pendant une ou deux semaines. Si vous n’obtenez pas de résultat, essayez alors un autre mot. Persévérez, mais allez-y doucement, sans forcer. Persuadez-vous que vous réussirez un jour et persistez dans vos efforts.

Il s’agit là d’une autre façon d’utiliser votre mot. Pour certains initiés, le fait d’utiliser celui qu’ils ont reçu à la suite d’une initiation leur procurera des expériences impressionnantes et sensationnelles ; pour d’autres, ce ne sera pas le cas. Le mot donne simplement accès à un espace, un peu comme celui où nous nous trouvons à l’heure actuelle. Puis, alors que vous vous implantez sur le plan propre à votre initiation, vous commencez à chanter un autre mot, peut-être celui du plan mental, ou un mot provenant du ECK-Vidya ou du ECKANKAR Dictionary [Dictionnaire d’ECKANKAR]. C’est un mot de passe qui vous fera franchir l’une des portes et quand vous y serez parvenus, le portier vous demandera, " Puis-je vous être utile ? " Vous lui direz alors ce mot et il vous admettra dans le vestibule. À partir de là, vous allez entrer dans un autre espace qui correspond à une toute nouvelle dimension.

 

Découvrir la vérité

Commencez à utiliser l’élément fécond dont vous êtes la partie constituante, puisque l’Âme, l’étincelle créatrice, représente un aspect divin, un reflet du SUGMAD. C’est simple comme bonjour. Employez-vous à travailler avec le pouvoir divin qui est en vous. Ma tâche se limite à vous montrer comment le faire, car il n’y a que vous pour le développer et le mettre en action.

C’est de cette façon que vous découvrirez, par vous-même, la vérité. Vous allez entendre tellement de versions différentes de ce que la vérité est censée être ou ne pas être, qu’en définitive vous douterez de tout le monde. C’est parfait ainsi, puisque la responsabilité vous incombe d’apprendre à dénicher la vérité par vos propres moyens. Autrement, vous allez devoir accepter la parole de quelqu'un d’autre et ce n’est pas la situation idéale pour une personne qui veut atteindre la liberté spirituelle.

Vous recherchez la réalisation de Dieu dont découlent la sagesse, le pouvoir et la liberté, ses attributs divins. Cependant, ce ne sont pas ces trois aspects que vous recherchez, car une fois que vous avez atteint cet état de conscience, les attributs en seront une partie intégrante et indissociable.

 

Le système des bibliothèques dans les mondes intérieurs

En conclusion, j’aimerais parler du fonctionnement des bibliothèques dans les mondes intérieurs. On y trouve de grandes bibliothèques qui sont rattachées aux temples de sagesse. Il y a également beaucoup de succursales. La bibliothèque principale, attenante au temple, ressemble un peu à la bibliothèque du Congrès de Washington, D.C., en ce sens qu’elle offre la plus vaste collection de livres et de matériel documentaire. L’une d’entre elles, que je visitais sur le plan astral, est adjacente au temple d’Askleposis. Elle renferme quelques-unes des oeuvres du Shariyat entreposées dans un dépôt d’archives. Ces oeuvres sont ensuite acheminées sur le plan physique pour y être traduites. Le plan astral est un monde gigantesque où les écrits sont conservés dans des locaux immenses.

Dans la salle des archives s'active le personnel de la bibliothèque. Ce sont des employés compétents, expéditifs et d'un grand savoir-faire. Ils vaquent allègrement à leurs occupations, qu'il s'agisse de compilation ou d'autres tâches.

Au fond de la salle, sur un dispositif métallique, on aperçoit de grandes feuilles de papier empilées les unes sur les autres. On dirait des sorties d’imprimante, mais elles sont beaucoup plus larges que ce à quoi nous sommes habitués sur terre. Il s’agit de manuscrits qui n’ont pas encore été traités, c'est-à-dire d'écrits originaux qui servent de matière première aux écrivains de la planète et d’ailleurs. Les feuilles s'enroulent d'abord sur un cylindre à crémaillère, puis elles aboutissent dans des bacs qui glissent sur des petits rails disposés dans les longues allées de l’entrepôt. Pour consulter tel ou tel passage, on appuie sur un bouton et les feuilles défilent alors lentement pour qu'on puisse en faire la lecture.

Très peu d’écrivains ont accès à cette bibliothèque. Aussi la plupart des auteurs terrestres fréquentent-ils les succursales et ne puisent donc pas aux meilleures sources. Seuls les chercheurs les plus chevronnés, comme Paul Twitchell, Julian Johnson et Paul Brunton, peuvent venir y sélectionner les matériaux qui conviennent à leurs lecteurs. Par exemple, une notion fondamentale y sera exposée, telle qu’un aspect de la liberté spirituelle. Cette simple idée sera ensuite développée en huit paragraphes, dont chacun reflétera un niveau de conscience différent.

Dans la marge, vis-à-vis des paragraphes qui figuraient dans le manuscrit que je lisais, on pouvait voir des notes écrites par Paul : " Far Country " [Le Pays lointain], " Shariyat-Ki-Sugmad, premier livre ", " Shariyat, deuxième livre ", " Carnet de notes spirituel ", puis une fois de plus, " Far Country ", et ainsi de suite. Sous ses notes, un bibliothécaire de référence avait indiqué le numéro de la page où l'on pouvait trouver ces idées dans les manuscrits sélectionnés.

Pour une raison ou une autre, les feuilles comportaient des carbones, en série de quatre copies. Pour être en mesure de poursuivre mon étude plus avant, j’ai chargé cette pile de manuscrits sur un petit chariot pratique et je les ai emportés dans un autre endroit. Ils furent ensuite disposés de nouveau sur un cylindre à crémaillère qui permettait de les déployer dans plusieurs directions. Il devenait alors possible de séparer les quatre copies et de circuler entre elles. Puis, on pouvait en choisir une pour la mettre sur un autre cylindre où elle s’enroulait sur elle-même. Le manuscrit était encore sous forme de brouillon. Plus tard, les chercheurs pourraient en faire la compilation dans un format avec lequel il serait plus facile de travailler. L'opération peut paraître complexe, mais le système s'avère très raffiné et leur technique est bien en avance sur la nôtre.

J'effectuai mes recherches dans une cabine insonorisée afin de ne pas déranger les autres personnes qui faisaient de même. En regardant vers une autre table, j’aperçus Paul, occupé comme d’habitude à écrire et à faire des recherches. Il se tourna dans ma direction et me demanda sur un ton un peu bourru : " Qu’est-ce que c’est ? "

— Des manuscrits originaux, dis-je.

— Pour quelles raisons ? demanda-t-il.

— Pour un grand nombre d’écrits ECK qui seront élaborés sur terre, répondis-je.

— Je vois, dit-il. En effet, nous devrons un jour faire quelque chose à ce sujet. " Puis, il attrapa son carnet de notes et quitta les lieux pour se diriger vers les rayons de livres.

Ouais ! pensai-je en moi-même, et je sais bien qui devra un jour faire quelque chose à ce sujet !

 

Conférence internationale de la jeunesse d’ECKANKAR
Las Vegas, Nevada, États-Unis. Le samedi 21 avril 1984



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Extrait de The Secret Teachings, Mahanta Transcripts, Book 3, copyright ã 1989 ECKANKAR. Tous droits réservés.